Peut-on lutter contre le système ?

Dans le monde capitaliste, à moins de vouloir renverser le système, il faut apprendre à y survivre.

 

Être toujours plus compétitif, rentable, rapide, visible…

C’est une logique qui s’impose aux entreprises comme aux individus, et particulièrement aux agences de communication, dont le modèle économique est ultra-concurrentiel : courir après les briefs, fidéliser les clients, se tenir informé de chaque nouveauté du marché…

Dans ce contexte, prendre position, refuser certains projets ou questionner l’impact de ses campagnes peut sembler contre-productif. À première vue, l’engagement devient une contrainte supplémentaire qui demande du temps, de l’énergie, des arbitrages et parfois le courage de renoncer à une opportunité commerciale.

L’impact de nos métiers

Une agence de communication n’est pas un acteur neutre.

 

Elle contribue à rendre certaines idées désirables, certains comportements acceptables et certaines marques légitimes. Elle participe à façonner les imaginaires collectifs. Son travail peut encourager la surconsommation, banaliser des pratiques discutables ou, au contraire, donner de la visibilité à des projets qui servent le bien commun.

Nous avons donc une responsabilité à deux niveaux : ce que l’on dit et ce que l’on fait. Les messages que l’on choisit de diffuser, les récits que l’on contribue à construire, mais aussi nos actions individuelles et collectives, nos pratiques internes et les décisions que l’on prend en tant qu’agence.

 

Pilule rouge ou pilule bleue ?

 

Face aux crises sociales, environnementales et politiques, on peut être tenté de prendre de la distance. Après tout, pourquoi s’infliger une dose supplémentaire d’anxiété au quotidien ? La tentation de l’indifférence mérite d’être abordée sans jugement : c’est aussi une manière de se protéger et de préserver son énergie.

Mais il y a une différence entre ne pas pouvoir tout changer et considérer qu’on n’a rien à changer. L’engagement existe à toutes les échelles et peut prendre des formes très différentes. On peut s’engager en tant que petite structure, à travers les projets que l’on choisit d’accompagner, les valeurs que l’on défend ou les pratiques que l’on met en place au quotidien.

On peut aussi s’engager à titre individuel, en prenant la parole, en faisant évoluer ses habitudes ou en soutenant des initiatives qui nous tiennent à cœur. Pas besoin d’avoir des moyens considérables pour agir : l’engagement dépend aussi de ce que l’on choisit de faire avec les moyens dont on dispose.

L’essentiel n’est pas de pouvoir tout changer, mais de trouver, à son échelle, la manière dont on souhaite contribuer au changement.

Bonne conscience ou réel intérêt ?

Mais si l’engagement ne rapporte pas immédiatement, est-ce qu’il ne rapporte rien ?

 

L’engagement peut aussi être une force, autant pour l’entreprise que pour celles et ceux qui la font vivre. Il peut contribuer à construire une image de marque cohérente et sincère, à condition de ne pas se limiter à un discours ou à quelques actions symboliques. Il permet aussi d’attirer des clients qui partagent nos valeurs, de créer des collaborations qui ont davantage de sens et de se différencier autrement que par le prix ou la performance.

Mais l’intérêt ne se mesure pas uniquement à l’image de l’entreprise. Pour les salariés qui accordent de l’importance à ces enjeux-là, travailler dans une agence qui prend ces sujets au sérieux peut permettre de retrouver une forme de cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on défend et ce que l’on fait au quotidien.

Cela ne signifie pas que tous les salariés doivent partager les mêmes opinions, ni qu’une agence engagée est automatiquement un lieu de travail idéal. Mais les convictions des équipes ne devraient pas avoir à disparaître à la porte du bureau.
L’engagement peut alors devenir un levier de sens, de motivation et de fierté collective. Il donne une raison supplémentaire de s’investir dans un projet commun, au-delà des objectifs commerciaux.

Bien sûr, il faut éviter le piège inverse : croire qu’une agence engagée doit être prête à sacrifier sa viabilité économique. Une entreprise doit pouvoir durer pour continuer à agir, il y a donc un équilibre à trouver entre ses convictions et les réalités du marché.

Solutions concrètes : par où commencer ?

Cela passe par des choix concrets :

 

Les projets que l’on accepte. Définir les clients et les briefs avec lesquels l’agence souhaite travailler, questionner les messages qu’elle contribue à diffuser et les comportements qu’elle encourage.

Les pratiques que l’on adopte. Faire vivre ses engagements dans le quotidien, et pas uniquement dans les discours adressés aux clients. Accepter que certaines décisions puissent être guidées par autre chose que la seule rentabilité immédiate (Chez Spin on cotise chez Becometech, l’association qui œuvre à la mixité dans le numérique).

Le management et la place accordée aux salariés. Donner la parole aux équipes, créer des espaces où chacun peut s’exprimer librement, demander leur avis et leur permettre de faire remonter un malaise ou un désaccord.

Si l’impulsion peut venir de la direction, le changement ne peut pas reposer uniquement sur elle. Il se construit aussi collectivement. Questionner un choix qui nous semble contraire à nos convictions et oser exprimer son désaccord : c’est déjà une forme d’engagement.

Chacun.e à son rythme et sa manière

Tout le monde reste libre de trouver sa propre manière de s’engager, selon ses convictions, ses moyens et sa place dans l’entreprise. Il n’existe pas une seule façon de faire bouger les lignes, et toutes les formes d’engagement n’ont pas besoin de se ressembler pour avoir du sens.

Au fond, s’engager, c’est accepter de se poser des questions, de remettre certaines pratiques en cause et de chercher à faire mieux, même quand ce n’est pas la solution la plus simple.

Et puis, bon, ça nous apporte aussi une bonne ambiance à l’agence et une super déco avec tous ces trophées RSE ! 😉